Des mutations dans un petit nombre de cas
Un gène lié au syndrome de Gilles de la Tourette
Dans une avancée qui pourrait faire date dans la recherche sur le syndrome de Gilles de la Tourette, des chercheurs de Yale ont identifié un gène appelé SLITRK1 dont de rares mutations semblent contribuer à un petit nombre de cas de syndrome de Gilles de la Tourette. La protéine SLITRK1 pourrait jouer un rôle dans l'excroissance des neurites. Les futures études de ce gène pourraient conduire à une meilleure compréhension de cette maladie des tics.
« CETTE DECOUVERTE pourrait constituer un indice important pour la compréhension du syndrome de Gilles de la Tourette au niveau moléculaire et cellulaire », observe dans un communiqué le Dr Matthew State, neurogénéticien à l'université de Yale, qui a dirigé les travaux. « La confirmation de ces résultats, même chez un petit nombre de patients atteints du syndrome de Gilles de la Tourette, ouvrira la voie à une compréhension plus grande du processus de la maladie. »
Le syndrome de Gilles de la Tourette, ou maladie des tics, décrit en 1885 par un neuropsychiatre français du même nom, se caractérise par la combinaison de tics moteurs (mouvements involontaires, rapides et soudains) et de tics vocaux. Ce syndrome affecterait jusqu'à 1 enfant sur 100 en âge scolaire ; les garçons sont trois fois plus touchés que les filles. Les enfants affectés ont souvent d'autres troubles neuropsychiatriques, hyperactivité, trouble obsessionnel compulsif ou dépression.
Tics moteurs simples, puis complexes, et tics vocaux.
Généralement, le syndrome est diagnostiqué vers l'âge de 16 ans, mais les tics commencent en moyenne à 11 ans. Ce sont d'abord des tics moteurs simples qui cèdent la place à des tics moteurs plus complexes. Par la suite, les tics complexes se multiplient et se doublent de tics vocaux. Les symptômes empirent souvent au moment de la puberté et déclinent avec l'âge. La coprolalie, une forme de tic qui consiste à proférer des paroles vulgaires et des injures, n'est en fait présente que chez une minorité de patients.
A ce jour, les causes restent à élucider. Une contribution génétique est certaine. Tandis que les premières analyses avaient suggéré que le trouble est hérité comme un rare trait autosomique dominant, des études plus récentes plaident en faveur d'un trouble polygénique ou oligogénique. Des analyses de liaison évaluant l'ensemble du génome ont impliqué des régions sur les chromosomes 4, 5, 8, 11, et 17, mais aucune mutation liée à la maladie n'avait encore été identifiée.
Abelson, State et coll., au lieu de rechercher des similitudes génétiques au sein de larges groupes de patients affectés du syndrome, ont pris l'approche diamétralement opposée : ils ont cherché un patient affecté porteur d'une anomalie chromosomique. Avec l'aide de l'Association du syndrome de la Tourette, ils ont identifié un enfant présentant ce syndrome avec une hyperactivité et porteur d'une inversion sur le chromosome 13 (mutation sporadique).
Ils ont examiné de plus près le réarrangement chromosomique. Parmi les trois gènes situés dans la région des deux points de cassure (13q31.1 et 13q33.1), le gène SLITRK1 encodant une protéine transmembranaire représentait le meilleur candidat.
Des régions cérébrales déjà impliquées dans la maladie.
En effet, son expression est élevée dans les régions cérébrales précédemment impliquées dans le syndrome de Gilles de la Tourette, et il pourrait jouer un rôle dans l'excroissance des neurites.
Ils ont étudié le SLITRK1 chez 174 individus non apparentés, tous atteints du syndrome de Gilles de la Tourette.
L'équipe a identifié une mutation (délétion d'une base) du gène SLITRK1 chez un individu, ainsi que chez sa mère affectée d'une manie dépilatoire ; la mutation devrait produire une protéine tronquée.
De plus, ils ont identifié un autre variant (var321) très rare et identique chez deux individus non apparentés atteints du syndrome de Gilles de la Tourette et de symptômes obsessionnels compulsifs. Ce changement d'une base se situe dans une région non traduite et correspond à un nucléotide hautement conservé dans le site de fixation pour un microARN (hsa-miR-189). L'expression du gène SLITRK1 pourrait donc être régulée par ce microARN.
Ces variants n'ont pas été trouvés dans 3 600 chromosomes témoins.
Les chercheurs ont ensuite constaté que l'expression de l'ARNm SLITRK1 et celle du microARN (hsa-miR-189) se chevauchent bien dans les régions cérébrales précédemment impliquées dans le syndrome de Gilles de la Tourette.
Enfin, en culture, lorsque des neurones du cortex expriment le gène SLITRK1 normal, la croissance des dendrites est accrue, mais cette croissance ne s'observe pas lorsque les neurones expriment le gène SLITRK1 porteur de la mutation tronquant la protéine.
> Dr VERONIQUE NGUYEN
« Science », 14 octobre 2005, Abelson et coll.
Le Quotidien du Médecin du : 14/10/2005